Pierre Bénichou, figure flamboyante du journalisme et de la télévision, est décédé le 31 mars 2020. Ancien patron du Nouvel Observateur et habitué des plateaux de Laurent Ruquier, il était réputé pour son esprit parisien érudit, caustique et volontairement provocateur — et, paradoxalement, pour sa maison de campagne sur l’île de Ré, à Loix.
Réputé pour son goût immodéré pour la ville, Bénichou incarnait un univers de Saint-Germain-des-Prés, de nuits longues et de conversations littéraires souvent arrosées. Il revendiquait sans détour son attachement à la vie urbaine, qu’il présentait comme le terrain d’exercice privilégié de la culture, du bruit et du foisonnement social.
Dans un entretien accordé à Sud Ouest en 2009, il résumait sa position sur la campagne avec sa franchise habituelle : la journée, « on s’ennuie« , la nuit, « on a le trac« . Il se définissait comme « urbain, sinon intégriste, du moins pratiquant« , rejetant par là certaines formes de nostalgie rurale et les courants écologistes auquel il opposait la primauté des métropoles.
Loix : un refuge discret et un lieu de mémoire
Pourtant, chaque été — ou presque — Bénichou quittait Paris pour Loix, village de l’île de Ré situé entre marais salants et océan. Cette maison de campagne, loin d’être un simple pied-à-terre, constituait un refuge discret et un lieu où se mêlaient confidences et rencontres, fidèle au double visage de son propriétaire.
Il qualifiait ces séjours comme des entorses limitées à son style de vie : quelques jours, parfois un mois « exceptionnellement« . Cette contrainte affichée traduisait une distance revendiquée face à la ruralité, tout en laissant transparaître la capacité d’un homme de ville à apprécier un retrait temporaire.
À Loix, selon les témoignages et les descriptions publiques, Bénichou n’était pas entièrement déconnecté de son rôle de chroniqueur. Moins mondain, il demeurait observateur, continuant d’user de son humour acéré pour commenter et disséquer la réalité, même en dehors des salons parisiens.
La maison de Loix s’inscrivait aussi dans un réseau culturel propre à la trajectoire de Bénichou : rencontres journalistiques, amitiés artistiques et références à la chanson française. C’est notamment devant l’église Sainte‑Catherine de Loix que Jean‑Jacques Goldman a tourné le clip de « Comme toi » en 1983, un élément souvent rappelé pour lier définitivement ce lieu à une mémoire collective culturelle.
Même lorsqu’il fréquentait les réseaux du Tout‑Paris, Pierre Bénichou gardait une distance ironique vis‑à‑vis des mondanités, en observateur plus qu’en acteur consumé. À Loix comme à Paris, il restait ce conteur inépuisable, capable de passer d’une tirade sur une voiture à une citation d’Éluard sans prévenir.





