Huit ouvrages routiers du Calvados ont été aménagés en 2026 pour permettre aux loutres d’Europe de passer sous les ponts sans remonter sur la chaussée. Porté par le Groupe mammalogique normand avec ses partenaires, le programme cible six points du bassin de l’Odon et deux du bassin de l’Oudon, où les collisions constituent un risque majeur pour cette espèce protégée.
Les installations prennent la forme de banquettes fixées le long des ouvrages hydrauliques. Ces passages, parfois appelés loutroducs, maintiennent un cheminement praticable lorsque le niveau de l’eau monte. L’animal peut ainsi suivre la berge sous la route au lieu de contourner le pont par le bitume.
Les six aménagements du bassin de l’Odon se trouvent sur les communes de Louvigny, Verson, Fontaine-Étoupefour et Val d’Arry. Les deux autres ont été installés à Saint-Pierre-en-Auge, sur l’Oudon, affluent de la Dives. Cette géographie précise permet de traiter des points où la continuité des berges était interrompue par le réseau départemental.
La route reste un obstacle majeur
La loutre d’Europe se déplace sur de longues distances le long des cours d’eau pour se nourrir, rejoindre un territoire ou chercher un partenaire. Sous un pont trop étroit ou rendu impraticable par une crue, elle peut quitter la rivière et traverser la route. Le trafic transforme alors un simple obstacle en piège mortel.
Le retour progressif de l’espèce en Normandie rend ce travail de sécurisation d’autant plus important. Une population qui recolonise un bassin doit pouvoir franchir les coupures créées par les routes. Les aménagements servent aussi à d’autres petits mammifères et contribuent à restaurer les continuités écologiques.
Le Groupe mammalogique normand coordonne dans la région les actions du Plan national en faveur de la loutre d’Europe. Ce plan court jusqu’en 2028 et vise notamment à réduire la mortalité d’origine humaine, à améliorer la connaissance de l’espèce et à préserver les habitats dont elle dépend.
Un chantier inscrit dans un dispositif régional
Le programme rejoint le projet Faune Route Normandie, qui rassemble plusieurs associations naturalistes autour de la réduction des collisions avec la faune sauvage. L’Agence normande de la biodiversité souligne que les infrastructures routières fragmentent les milieux et peuvent participer au recul de certaines populations.
La méthode repose sur l’identification des passages les plus sensibles, puis sur des travaux adaptés à chaque pont. Une banquette n’a pas besoin d’occuper toute la largeur de l’ouvrage. Elle doit surtout rester accessible et guider l’animal d’une berge à l’autre, y compris lorsque le débit augmente.





