Les enquêteurs cherchaient encore mardi 13 octobre les auteurs de la cyberattaque qui a pris le contrôle des installations frigorifiques de plus de 350 supermarchés en France. Aucun groupe n’avait revendiqué l’opération et aucune demande de rançon n’avait été signalée. Cette absence de signature laisse ouvertes plusieurs hypothèses, sans permettre d’attribuer l’attaque à des activistes, à des criminels ou à un acteur étatique.
Les pirates ont modifié à distance les réglages de froid et déclenché des cycles de dégivrage prolongés dans des magasins Intermarché, Netto, Coopérative U, Carrefour, Monoprix et E.Leclerc. Des équipes ont pu reprendre le contrôle assez vite, mais d’autres points de vente ont dû jeter des produits frais ou surgelés après une rupture de la chaîne du froid.
Coopérative U a indiqué que 80 de ses quelque 2 000 magasins avaient été concernés. Son président, Dominique Schelcher, affirme que la majorité a évité des pertes grâce à la réaction des équipes et des frigoristes. Il estime toutefois que les dégâts peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros dans un petit magasin et jusqu’à 180 000 ou 200 000 euros dans un hypermarché, sans donner encore de total national.
Des équipements anciens au centre de l’enquête
Les installations touchées utilisaient des systèmes de régulation du fabricant danois Danfoss. L’entreprise a expliqué que beaucoup d’unités concernées avaient atteint leur fin de vie et ne recevaient plus de mises à jour logicielles ou de sécurité. Elle assure avoir recommandé aux clients de maintenir les équipements pris en charge à jour et de remplacer les systèmes anciens.
Des failles graves avaient déjà été signalées sur certains contrôleurs Danfoss. Les éléments disponibles ne prouvent pas encore que les assaillants ont exploité précisément l’une de ces vulnérabilités. Ils montrent en revanche qu’un équipement connecté, même cantonné à la gestion du froid, peut devenir une porte d’entrée vers des dommages physiques et des pertes alimentaires.
Le parquet de Paris a ouvert une enquête afin d’identifier les victimes, de relier les intrusions aux dégâts déclarés et de retrouver les auteurs. Les questions de responsabilité seront également examinées entre enseignes, installateurs frigoristes, éditeur du système et assureurs.
Le spécialiste en cybersécurité Damien Bancal rappelle que l’accès à des outils d’attaque s’est professionnalisé. Son analyse reste une explication générale et non une identification des responsables. À ce stade, le fait établi est plus sobre. Des systèmes de contrôle exposés et anciens ont permis de dérégler à distance des équipements essentiels au maintien de la chaîne du froid.





