L’École normale supérieure (ENS Ulm) fait face à une contestation interne croissante concernant ses partenariats avec le secteur privé, où douze chaires de recherche sont financées par des entreprises via la Fondation de l’ENS. Ces contributions représentent près de cinq millions d’euros de dons annuels, soit environ 3 % du budget total de l’établissement d’enseignement supérieur parisien.
Une enquête détaillée menée par le collectif EIES a répertorié 164 liens formels entre l’établissement public et des capitaux privés issus de multinationales. Les connexions documentées impliquent des géants de l’armement comme Thales et Safran, des cabinets de conseil tels que Capgemini, ainsi que des acteurs de la finance à l’image du fonds d’investissement Ardian.
Ce modèle suscite une vive opposition sur le campus : plus de 200 étudiants ont signé la pétition baptisée « Normal sup n’est pas à vendre ». Dans le même temps, le collectif TransparENS réclame la mise en place de critères d’exclusion stricts afin de refuser systématiquement les subsides liés aux énergies fossiles, à l’armement ou à des atteintes aux droits humains.
Les critiques visent notamment des projets académiques hautement stratégiques, à l’image des travaux conduits par le physicien Carlo Sirtori. Le chercheur a bénéficié d’une dotation de 200 000 euros par an pendant cinq ans allouée par Thales pour mener des recherches sur les technologies infrarouges, exploitables dans les secteurs civil et militaire.
Un comité d’éthique pour encadrer les dons privés
Face aux vives inquiétudes entourant l’indépendance de la recherche, la direction de l’ENS, conduite par Frédéric Worms, prévoit la réunion d’ici la fin du mois de septembre d’un comité d’acceptation des dons. Composée d’étudiants et de chercheurs, cette structure aura pour mission d’examiner les financements privés et d’assurer la préservation de la liberté académique.





