Dans l’étang de Thau, des chercheurs tentent de comprendre pourquoi la palourde européenne a presque disparu d’une lagune où elle faisait vivre plusieurs générations de pêcheurs. Des spécimens survivants sont suivis à différentes profondeurs et dans plusieurs secteurs afin de mesurer leur résistance. Les résultats complets sont attendus dans environ deux ans.
Le déclin s’est accéléré autour des années 2010 alors que la pêche avait longtemps représenté une activité importante pour le bassin. Dans les années 1990, la récolte annuelle atteignait environ 400 tonnes selon les témoignages réunis par France Télévisions. L’arrêt de l’exploitation n’a pas entraîné le retour spontané des stocks, ce qui oriente les scientifiques vers plusieurs facteurs possibles.
Maladies, évolution de la qualité de l’eau, transformation des habitats et hausse des températures figurent parmi les hypothèses étudiées. Aucune ne peut encore être présentée comme l’explication définitive. L’équipe coordonnée par l’Ifremer cherche précisément à distinguer leurs effets et à identifier les zones où la palourde conserve les meilleures chances de survie.
Une restauration qui dépend du diagnostic
Le programme PALRNJ, lancé en 2025 avec un budget de 300 000 euros, réunit vingt-cinq chercheurs et plusieurs acteurs de la pêche et de la lagune. Des dispositifs expérimentaux ont été installés sur d’anciens gisements afin d’observer le recrutement des jeunes coquillages et leur mortalité. Cette méthode doit permettre de comparer des milieux soumis à des conditions différentes.
Un suivi effectué près des zones ostréicoles a montré une survie d’environ 70 pour cent malgré un épisode de forte chaleur, selon le chercheur Franck Lagarde cité par France Télévisions. Ce résultat reste local et provisoire. Il indique cependant que certaines parties de l’étang peuvent encore offrir des conditions compatibles avec le maintien de l’espèce.
La restauration ne consiste donc pas à réintroduire massivement des coquillages avant d’avoir compris les causes du déclin. Une telle opération risquerait d’échouer si les pressions responsables de l’effondrement sont toujours présentes. Les travaux doivent d’abord préciser les habitats favorables, la qualité sanitaire des populations restantes et les conditions nécessaires à leur reproduction.
Un second projet porté par l’Université de Montpellier et l’Ifremer associe depuis juillet scientifiques, pêcheurs, habitants et artistes. Baptisé CLAM-EU, il explore aussi un procédé destiné à favoriser le recrutement et la croissance de la palourde. Cette mobilisation élargie doit maintenir le lien entre la recherche et les communautés dont l’activité dépend de la lagune.
Pour les professionnels de Thau, l’enjeu dépasse le retour d’un produit longtemps surnommé l’or gris. La palourde filtre l’eau et participe au fonctionnement de l’écosystème. Son évolution peut donc renseigner les chercheurs sur l’état général de la lagune et sur la capacité d’autres espèces à résister aux changements en cours.





