Une course contre la montre sans précédent est engagée dans le massif forestier de Gironde. À la suite des violents incendies de l’été, environ quatre millions de mètres cubes de pins calcinés doivent impérativement être récoltés et commercialisés dans les plus brefs délais afin d’être valorisés avant leur altération irréversible.
Ce chantier titanesque se heurte toutefois à un blocage réglementaire majeur. Un mois après le passage des flammes, la préfecture a instauré une interdiction temporaire d’exploitation du bois sur l’ensemble des parcelles situées en zone brûlée, motivée par la présence persistante de foyers résiduels couvant sous la litière forestière.
Face à ce gel des opérations, l’inquiétude grandit parmi les sylviculteurs et les forestiers de la région. Les professionnels alertent sur le péril imminent d’un dessèchement accéléré de la matière ligneuse et signalent la menace d’une invasion fulgurante de scolytes, ces insectes ravageurs capables de coloniser les arbres affaiblis et d’anéantir totalement la ressource résiduelle.
L’impact financier s’annonce particulièrement rude pour les collectivités propriétaires. À Sainte-Hélène, la municipalité chiffre déjà entre 15 et 20 % la perte de valeur marchande de ses bois communaux endommagés, ce qui représente un manque à gagner direct d’environ 60 000 euros, tout en redoutant un effondrement généralisé des cours provoqué par l’arrivée simultanée d’un tel volume sur le marché.
L’aval industriel paralysé
À l’autre extrémité de la chaîne, les transformateurs subissent de plein fouet l’interruption des flux de grumes. Privée de matière première, l’usine de charbon de bois exploitée par le Groupe Soler à Lacanau fait face à un déficit critique d’approvisionnement et se voit contrainte d’imposer des mesures de chômage technique à ses salariés dans l’attente d’une levée des restrictions d’accès aux massifs.
