Aller au contenu
dimanche 25 octobre 2026
Publicité
Société · France

Non, les manifestations d’autrefois n’étaient pas toujours pacifiques

Le récit d’un passé où la rue aurait obtenu des avancées sans heurts résiste mal aux archives. La non-violence reste pourtant souvent plus efficace.

WhatsApp
Peinture historique représentant la prise de la Bastille le 14 juillet 1789
Artiste anonyme, collection du château de Versailles / Wikimedia Commons — Public domain — Source
Publicité

Le récit selon lequel les manifestations d’autrefois auraient été presque toujours pacifiques résiste mal aux archives. La prise de la Bastille en 1789, Mai 68 ou encore la répression du 17 octobre 1961 rappellent que l’histoire sociale française a souvent été traversée par des affrontements, sans que la violence résume à elle seule les mouvements ni leurs résultats.

La prise de la Bastille n’était pas une manifestation au sens contemporain. Le 14 juillet 1789, une foule d’insurgés a lancé plusieurs assauts contre la forteresse parisienne, au terme d’échanges de tirs et d’explosions. L’événement est devenu un symbole de la Révolution, mais son importance politique ne permet pas de transformer rétrospectivement chaque épisode violent en passage obligé vers le progrès.

La même prudence vaut pour Mai 68. Les images conservées par l’Institut national de l’audiovisuel montrent les barricades du Quartier latin, les heurts avec les forces de l’ordre et les blessés. En parallèle, le pays a connu une grève générale d’une ampleur exceptionnelle. Les accords de Grenelle ont notamment conduit à une hausse de 35 % du salaire minimum interprofessionnel garanti, le SMIG, sans qu’il soit possible d’attribuer mécaniquement ces avancées aux violences de rue.

La non-violence reste souvent plus efficace

D’autres moments contredisent aussi l’idée que les droits sociaux naissent nécessairement dans l’affrontement physique. En 1936, les grèves massives et les occupations d’usines ont pesé sur les négociations qui ont mené aux congés payés et à la semaine de quarante heures. La mobilisation était perturbatrice, mais elle ne se confondait pas avec une stratégie armée.

Publicité

Les travaux comparatifs d’Erica Chenoweth et de Maria J. Stephan aboutissent à un constat plus large. Sur plusieurs centaines de campagnes menées entre 1900 et 2006, les mouvements de résistance civile non violente se sont révélés globalement plus efficaces que les campagnes violentes pour atteindre des objectifs politiques majeurs. Ils attirent davantage de participants et peuvent provoquer des changements de loyauté au sein des institutions.

L’histoire oblige aussi à regarder la violence exercée par l’État. La manifestation du 17 octobre 1961 à Paris a donné lieu à une répression policière longtemps occultée. Les archives publiques et les travaux historiques établissent la réalité de cette répression, même si le nombre exact de victimes reste discuté.

Comparer les époques ne revient donc ni à minimiser les dégâts actuels ni à romantiser les affrontements passés. Les mouvements sociaux français ont combiné manifestations, grèves, occupations, négociations, répression et parfois violences. Leur issue dépend du rapport de forces, de l’ampleur de la participation et de la réponse du pouvoir, bien davantage que d’une prétendue règle historique selon laquelle la casse ferait avancer les droits.