Une crise sanitaire et logistique aiguë frappe l’archipel de la Guadeloupe, où la décrépitude structurelle des canalisations provoque la déperdition dans le sol d’environ 70 % de l’eau traitée. Cette défaillance technique généralisée prive quotidiennement près de 80 000 résidents d’accès direct à l’eau potable au robinet, paralysant la vie domestique et les activités économiques.
Profitant de ces coupures régulières et prolongées, un marché noir particulièrement lucratif de livraison par camions-citernes s’est solidement structuré sur l’île. Des particuliers démunis ainsi que des établissements touristiques se voient facturer le mètre cube d’eau entre 80 et 100 euros, un montant exorbitant représentant jusqu’à 34 fois le tarif réglementaire fixé par la régie publique.
Ces pratiques frauduleuses font l’objet de poursuites directes. Une enquête judiciaire a été ouverte pour démanteler des réseaux clandestins et cibler des sous-traitants soupçonnés de siphonner directement la ressource sur le réseau public. Les investigations portent sur des branchements illégaux effectués sur les bornes d’incendie et les châteaux d’eau dans le but de revendre cette eau sans facturation.
Face à la dégradation de la situation, le président du Syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe (SMGEAG), Henri Yacou, a publiquement admis la gravité des défaillances du service. L’administrateur a souligné les difficultés majeures rencontrées par sa structure pour endiguer ces trafics d’eau illégaux qui contournent les points de contrôle.
Une réhabilitation estimée à plus de deux siècles
Les perspectives d’amélioration demeurent lointaines. Malgré la mise en place d’un plan d’investissement de 320 millions d’euros abondé par l’État et la région, la Cour des comptes évalue à 208 ans le délai nécessaire pour rénover entièrement le réseau au rythme actuel. Excédés par ces carences, plus de 230 habitants ont déposé plainte devant la justice pénale pour mise en danger de la vie d’autrui.
