Cinq ans après la disparition de Delphine Jubillar dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 à Cagnac‑les‑Mines (Tarn), le dossier reste au centre de l’attention. Fin 2025, son mari, Cédric Jubillar, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre de l’infirmière, alors que le corps n’a jamais été retrouvé. L’accusé a interjeté appel et demeure présumé innocent : son procès en appel est fixé à Toulouse en septembre 2026. Au cœur de la procédure, la reconstitution des faits du 13 décembre 2022 est souvent citée comme un moment décisif par plusieurs acteurs du dossier.
La disparition de Mme Jubillar a rapidement pris une résonance nationale. À partir des premiers jours, fouilles, battues et interventions médiatiques ont ponctué l’enquête, transformant le drame familial en une affaire suivie par de nombreux médias et une grande partie de l’opinion publique. Les investigations judiciaires ont mobilisé la gendarmerie et suscité de fortes attentes quant aux éléments matériels susceptibles d’éclairer les circonstances de la disparition.
Parmi les conseils impliqués figure Me Philippe Pressecq, avocat de la cousine de Delphine. Il rappelle que, dans le cadre de l’information judiciaire ouverte, seules des personnes liées par un lien de sang peuvent se constituer partie civile. Me Pressecq indique qu’il n’était pas immédiatement convaincu de la culpabilité de Cédric Jubillar mais que l’analyse des pièces du dossier et, surtout, la reconstitution du 13 décembre 2022 ont influencé son intime conviction.
Cagnac‑les‑Mines sous cloche
La reconstitution organisée deux ans après la disparition a transformé la petite commune en un périmètre de sécurité renforcé. Ce 13 décembre 2022, les riverains ont été priés de rester chez eux, les rues ont été bouclées et la présence de gendarmes en tenue et de drones a été signalée. Selon Me Pressecq, le dispositif déployé visait à empêcher toute intrusion médiatique et à garantir le bon déroulement de l’exercice, mais il a également surpris par son ampleur.
Dans ses interventions, l’avocat a qualifié l’ambiance de « presque scénarisée », comparant la mise en scène à une production audiovisuelle. Il évoque des éléments concrets du dispositif : façades surveillées, rues désertées, personnels en gilets pare‑balles et moyens aériens dédiés à la surveillance. Il rapporte aussi son étonnement sur la légalité perçue d’un tel encadrement, disant ne pas savoir « si c’est légal ». Ces remarques figurent dans ses prises de parole publiques et dans son livre.
La reconstitution a pour objectif de confronter la version de l’accusé à la matérialité des lieux : gestes, déplacements et distances sont reproduits et mesurés afin de vérifier la cohérence des déclarations. Le jour de l’exercice, Me Pressecq décrit un Cédric Jubillar ramené dans la maison conjugale, blême et grelottant, peu couvert pour la saison, marqué par la situation. Pour l’avocat, la scène a renforcé à la fois une « certitude intime » et une forme de compassion devant « une peine immense » ressentie d’après lui chez l’homme au centre du dispositif.
Au micro du podcast Les Voix du crime, Me Pressecq a souligné la difficulté pour un mis en cause de mimer des mensonges lors d’une reconstitution : « C’est extrêmement facile de mentir à un juge d’instruction après avoir échafaudé des théories dans sa cellule. Mais le jour où il faut mimer les mensonges que l’on profère, c’est très difficile, parce que tout ne peut pas être mimé. »
Me Pressecq consacre un chapitre à ces observations dans son ouvrage Confessions d’une robe, paru en janvier 2026 aux éditions Michalon, dans la collection Polars Réels dirigée par Plana Radenovic.
