À Lyon, le passage souterrain reliant autrefois les prisons Saint-Paul et Saint-Joseph, dans le quartier Perrache, ouvre exceptionnellement ses portes au public à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. Ce boyau d’ordinaire inaccessible offre aux visiteurs une immersion rare au cœur de la mémoire carcérale de la métropole lyonnaise.
Pour accompagner cette découverte historique, les visiteurs sont guidés par un témoin direct de cette vie recluse : l’artiste Didier Chamizo, aujourd’hui âgé de 74 ans. L’ancien détenu, devenu une figure reconnue du street art français, assure personnellement les visites pour commenter les fresques murales qu’il a exécutées sur place avec d’autres prisonniers durant l’été 1989.
Réalisées directement sur le ciment enduit d’origine, ces peintures murales souterraines sont restées en grande partie préservées des dégradations au fil du temps. Les œuvres déclinent des messages visuels inspirés des idéaux de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, confrontant le regardeur au quotidien de l’enfermement et affirmant un rejet absolu des conflits armés.
Cette expression visuelle clandestine a constitué un tournant majeur pour Didier Chamizo, qui a purgé au total 17 ans de détention pour des braquages perpétrés au sein de mouvances contestataires nées dans le sillage de Mai 68. L’homme est parvenu, au fil de sa détention puis à sa libération, à imposer sa signature singulière auprès d’institutions artistiques majeures et de galeries internationales.
Une œuvre désormais exposée sur les lieux de sa détention
Le travail de l’artiste bénéficie parallèlement d’un coup de projecteur en surface. Une exposition rétrospective rassemblant plusieurs toiles emblématiques de Didier Chamizo se tient jusqu’au 19 novembre dans les locaux de l’Université catholique de Lyon (UCLy). L’établissement d’enseignement supérieur s’est en effet installé au cœur même des bâtiments réhabilités de l’ancienne prison Saint-Paul.
