Arras — Un gynécologue réputé a été radié de l’Ordre des médecins alors que plus de soixante-dix femmes lui reprochent des viols et agressions sexuelles et que le procès attendu par les plaignantes n’a toujours pas eu lieu. L’affaire, révélée en 2015 et suivie depuis par la justice et les victimes, suscite des réactions dans la région et relance le débat sur la protection des patientes dans les consultations gynécologiques.
Mis en examen en novembre 2015, Bernard Henric, gynécologue endocrinologue installé à Arras, est au centre d’un dossier qui s’est enrichi au fil des années : des plaintes individuelles ont été déposées par plus de soixante-dix femmes. Récemment, l’Ordre des médecins a pris la mesure disciplinaire de la radiation à l’encontre du praticien, décision indépendante du volet pénal que réclament les victimes pour obtenir une reconnaissance judiciaire des faits.
Au micro de BFMTV, une ancienne patiente a livré un témoignage détaillé et sensible, décrivant une relation médicale de longue durée devenue source d’accusations graves. Son récit, rapportant des faits remontant à plusieurs années, met en lumière la dynamique de confiance instaurée sur plusieurs décennies et le choc ressenti lorsqu’elle dit avoir compris et décidé de porter plainte en août 2015.
Les faits allégués et le parcours des plaignantes
La plaignante interrogée par les médias explique qu’elle a consulté presque exclusivement ce gynécologue pendant près de trente ans. Elle décrit un médecin perçu comme « gentil » et « bienveillant », dont certains propos et gestes l’avaient déjà mise en alerte. Elle rapporte des demandes de déshabillage complet pour des examens et des remarques qui l’avaient alarmée, sans toutefois interrompre le suivi médical.
Le basculement, selon son récit, aurait eu lieu lors d’une séance présentée comme une rééducation du périnée. La rééducation périnéale, mesure thérapeutique prescrite après un accouchement ou en cas de troubles pelviens, est en principe conduite selon des protocoles précis. La plaignante affirme que la séance décrite dépassait le cadre médical attendu, évoquant des mouvements assimilés à une pénétration digitale et une durée anormalement longue, ainsi que des propos sexuels tenus par le praticien.
Elle dit avoir été « dans un état de sidération », un terme souvent utilisé par des victimes de violences sexuelles pour décrire l’immobilisation psychique qui empêche une réaction immédiate. C’est ce sentiment, conjugué à la répétition présumée des faits, qui l’a conduite à déposer plainte en août 2015. Depuis la mise en examen en novembre 2015, le nombre de plaignantes a continué d’augmenter.
Les qualifications retenues par les femmes saisissant la justice varient entre délits et crimes, selon les faits allégués : agressions sexuelles et viols. Malgré la gravité des accusations et la décision disciplinaire de l’Ordre des médecins, le procès pénal n’a pas encore eu lieu, rappelle le dossier suivi par les médias et les associations de victimes.
Une ancienne patiente a accepté de témoigner publiquement, son récit ayant été relayé par BFMTV, illustrant les effets psychologiques décrits et la difficulté des victimes à rompre une relation de confiance médicale qui s’est installée sur le long terme. Les plaignantes attendent toujours la tenue du procès pénal pour voir les faits confrontés devant une juridiction.
