Ce 3 février 2026 marque trois ans depuis la disparition de Paco Rabanne, mort en 2023 à Portsall (Finistère) à l’âge de 88 ans. Couturier franco-espagnol, il a laissé une empreinte double : figure incontournable des révolutions esthétiques des années 1960 et personnage médiatique connu pour ses prises de parole sur l’ésotérisme et le paranormal.
Créateur visionnaire, Rabanne a imposé dès ses débuts une rupture technique et visuelle dans la haute couture. Sequins, anneaux métalliques et plaques en Rhodoïd transformaient la robe en une forme d’armure futuriste ; sa démarche a influencé la mode, le cinéma et plusieurs générations de designers. En parallèle, il s’est fait une réputation publique d’homme « habité » par des convictions mystiques qui ont souvent éclipsé, aux yeux du grand public, son travail de styliste.
Sa première collection, présentée en février 1966 à l’hôtel George-V de Paris sous le titre Manifeste, comprenait selon lui « 12 robes importables en matériaux contemporains ». Le défilé, soutenu par une bande-son de Pierre Boulez, offrait une mise en scène proche du spectacle total ; Coco Chanel l’aurait surnommé « le métallurgiste ». Ces éléments techniques et scéniques constituent aujourd’hui des jalons reconnus de son apport à la modernité vestimentaire.
Paco Rabanne entre mode et prophéties
À côté de cette trajectoire de créateur, Paco Rabanne s’est souvent exprimé sur des sujets hors du champ strict de la mode. Sur des plateaux télévisés, notamment chez Thierry Ardisson en mai 1999, il a multiplié des confidences publiques : il a évoqué des vies antérieures, dit avoir côtoyé Jésus, affirmé avoir vu Dieu à trois reprises, rapporté des rencontres avec des extraterrestres et même prétendu une implication dans l’assassinat de Toutankhamon. Il a également déclaré avoir 75 000 ans. Ces affirmations ont suscité autant la fascination que l’inquiétude.
Le fait le plus marquant de cette période reste la prophétie publiée en 1999 dans son livre 1999, le feu du ciel. Rabanne annonçait qu’après des visions et une lecture de Nostradamus, la station spatiale Mir devait s’écraser sur Paris le 11 août 1999, jour d’éclipse solaire, avec des débris visant aussi plusieurs villes du Gers — Auch, Mirande, Condom. Il avait annoncé qu’il quitterait Paris et mettrait son personnel en congé à cette période, expliquant qu’il se sentait dans l’obligation de prévenir les gens et d’engager son honneur.
La réaction dans le Gers a été vive : élus et responsables locaux ont dénoncé des propos susceptibles de nuire à l’image et au tourisme du département. Le président du conseil général de l’époque, Philippe Martin, a envisagé une procédure et a ironisé en invitant le couturier au festival Jazz in Marciac le 11 août. Des initiatives comme l’« apéritif des survivants » ont tourné la prédiction en dérision. Le 11 août 1999, l’éclipse a bien eu lieu, mais aucun fragment de la station Mir n’est tombé sur la France.
Confronté au non-événement, Paco Rabanne a fini par reconnaître son erreur tout en soutenant que ses prophéties avaient été mal interprétées. L’épisode a durablement entaché son image publique, le faisant apparaître plus souvent pour commenter le paranormal que pour parler de haute couture, malgré sa formation d’architecte et ses liens familiaux avec la couture — sa mère ayant travaillé chez Balenciaga.
Architecte de formation, il a pourtant marqué le vêtement de cinéma et imposé une vision radicale de la modernité par ses matériaux et ses mises en scène.





